Motion adoptée en CNESER plénier le 7 juillet 2026 – 56 voix pour, 6 abstentions
Les restrictions budgétaires de 2025 et 2026 dans la recherche publique ont placé les organismes nationaux de recherche et les universités dans une situation de déficit structurel inédit, avec une trésorerie disponible réduite à néant en 2026. Ainsi, le budget du CNRS, principal établissement de recherche en France, a été amputé de 500 millions d’euros en deux ans. Si le gouvernement ne renverse pas la tendance dès le budget 2027 par une augmentation importante de la subvention d’État, les établissements de la recherche publique seront contraints de recourir à des mesures de « cavalerie budgétaire » beaucoup plus graves que la ponction de 20 millions d’euros imposée en 2026 par le Premier ministre sur le budget des laboratoires, qui a profondément choqué la communauté scientifique. Cette situation budgétaire critique est le résultat, totalement prévisible, du reniement de l’engagement de l’État, pris au niveau européen en 2002, de parvenir, à partir de 2010, à ce qu’au moins 3% du produit intérieur brut (PIB) soient consacrés à la recherche et au développement (R&D), dont 1% du PIB pour la recherche publique. Les choix budgétaires opérés depuis plus de 20 ans ont finalement abouti à un effort de la France en faveur de la recherche publique à un niveau historiquement bas, avec 0,74% du PIB en 2023 (dernier chiffre connu), un pourcentage qui aura d’autant plus diminué en 2026 que l’État ne respecte même plus la loi de programmation de la recherche, pourtant déjà insuffisante. Ainsi, en 2026, ce sont plus de 8 milliards d’euros qui manquent au budget de la recherche publique pour respecter cet engagement. Et, depuis vingt ans, ce sont plus de 100 milliards d’euros supplémentaires qui auraient dû être investis dans la recherche publique en France pour suivre la même trajectoire que les autres grandes nations scientifiques, ce qui a conduit à un décrochage désormais manifeste de la recherche en France. Ces montants correspondent presque exactement aux sommes allouées au crédit d’impôt recherche, en augmentation constante depuis vingt ans, en dépit de rapports officiels successifs soulignant l’insuffisance des contrôles sur l’usage de ces sommes et la faible efficacité d’ensemble du dispositif.
La France recule depuis vingt ans par rapport aux autres grandes nations scientifiques. La Chine, les États-Unis, le Japon, la Corée du Sud et l’Allemagne investissent massivement dans la recherche et développement (R&D). L’Allemagne consacre, par exemple, plus de deux fois plus de moyens publics et privés à la R&D que la France. Cette situation d’austérité budgétaire compromet avec une gravité inédite l’avenir de la recherche en France, et, avec elle, non seulement la souveraineté scientifique, technologique et stratégique du pays, mais aussi son modèle démocratique et social.
Le CNESER rappelle le caractère essentiel de la recherche dans la maîtrise de nos destins collectifs, alerte sur le fait que les choix budgétaires du gouvernement mettent la recherche en grave danger et appelle à un changement de paradigme pour donner à la recherche une place à la hauteur des défis contemporains.
Le CNESER alerte sur la place de la recherche en France, qui décroche et s’affaiblit, et des conséquences funestes pour la société et son avenir.